Photo-pixellisme

LOFT en Chantier 

« Je ne suis pas photographe…

Je me sers de la photographie 

comme d’un objet chargé de mémoire 

dont je vais modifier l’aspect 

pour rendre son contenu plus énigmatique 

 son impact émotionnel plus fort ou plus ambigu :  

Perte ou restitution amplifiée de "sa" réalité. »

LES INSTANTS B

HORS JEux - HORS Série 

Les Too-Short


VEADAKIS-PX236a

IMAGE : MÉTAPHORE DE DISPOSITIF MNÉSIQUE

Par Philippe Bidaine - Historien d’art


Véadakis travaille l’image comme l’écrivain malaxe ses mots, sa syntaxe, l’ordonnance de sa phrase.


Elle marque des traces, fugitives ou affirmées, traces qui ne peuvent s’effacer car issues de sa mémoire, alchimie étrange entre apparition et perte. Ses images sont autant de signes, de regards au bord même de l’imaginaire. L’expérience, le souvenir accaparent la représentation sans pour autant en fixer à priori la forme ou le récit. Car si Véadakis a l’esprit de la mutation, sa vision reste récurrente. 


De l’initial, paradigme de sa prestation, elle va conjuguer à tous les temps les rythmes de sa propre vie. Les mettre en scène sans jamais les confondre. Leur donner à chaque interprétation un sens différent. Histoires sur papyrus, haïkaïs impromptus, poèmes en mots et en images, à la fois résurgence et enfouissement, l’œuvre suspendue, par ses bandes verticales mobiles et sa scénographie aléatoire, invite à une lecture multiple. 


L’œil croise alors des « fragments», ceux de l’artiste qui fait éclater sa vision/mémoire par le jeu du positif/négatif. Du miroir qui reflète et retient à la fois, vision transcendée d’une réalité en mouvement, l’artiste va, par le jeu des reflets, en faire l’outil de l’artifice. Citons à ce propos Raphaël Mirami (1582) : « Je dis que pour certains les miroirs furent un hiéroglyphe de la vérité en cela qu’ils découvrent toute chose qui se présente à eux, comme il est coutume pour la vérité qui ne peut rester cachée. D’autres, au contraire, prennent les miroirs pour les symboles de la fausseté parce qu’ils montrent souvent les choses autrement qu’elles sont ». 


Véadakis va jouer sur ce double regard, sans doute pour éviter de se dévoiler, de trop en dire alors même qu’elle dit tout. Et c’est dans la déformation du propos, anamorphose du temps, qu’elle assigne sa mémoire. Véadakis, dans un autre travail, vidéo-graphique celui-là, part à la recherche de l’enfouissement qu’engendre la vision kaléidoscopique. Son sujet va se diluer, jusqu’à se perdre, dans une aurore syncopée. 


Résurgence là encore. « L’histoire a beau prétendre nous raconter toujours du nouveau, elle est comme le kaléidoscope : chaque tour nous présente une configuration nouvelle, et cependant ce sont, à dire vrai, les mêmes éléments qui passent toujours sous nos yeux». (Schopenhauer). 


L’artiste utilise le procédé, démontrant qu’à partir d’éléments finis et dans un espace clos, on peut à l’infini inventer la différence. Le polyvisionisme de Véadakis joue de ces multiples recherches pour mieux approcher une intime conviction, celle d’une liberté revendiquée. Liberté vis-à-vis de l’ascendance avec cette allusion dans « Ogre et père » ou dans « Le genou refusé» au poids psychologique de la filiation : représentation du père en noir ou en négatif. Liberté affirmée du choix dans ces images de foule pixellisées où seule, par un effet de loupe, l’artiste retient un seul regard. Comme pour le rendre encore plus dérisoire. Voire inutile puisque anonyme. Projection aussi qui vient s’éclater sur des pages d’écriture accrochées sur les cimaises, (vanité de l’inscription ?), se réfléchir simultanément sur des tessons de miroirs jetés au sol dans la continuité d’une diffraction recherchée. 

L’œuvre présente de Véadakis est toute entière tournée vers la rupture. Rupture avec sa première manière, ses toiles abstraites, ses sculptures figuratives, ses premières vidéos ou créations infographiques (sans doute alors marquées par l’engouement technologique) ; rupture aussi avec ces conventions qui figent le créateur dans sa discipline première et lui interdisent à priori toute autre exploration. 


Peintre, sculpteur, vidéaste, aménageur d’espace, Véadakis est tout cela, mais ne peut être que cela. Son pinceau est aussi plume, son œil photographe, sa main cinéaste. Elle rejoint en cela la pensée du philosophe Gilles Deleuze :                          « L’image-mouvement n’a pas seulement de mouvements extensifs (espace), mais aussi des mouvements intensifs (lumière) et des mouvements affectifs (âme) ». 


Dans l’œuvre de Véadakis, il s’agit bien de traces en acte. 


Philippe Bidaine, 2009,

Historien d’art, directeur honoraire des Editions du Centre Georges Pompidou.


* Ce texte accompagnait l’installation  «Réflexions Fragmentales»  de VÉADAKIS 

lors de l’exposition : "Aujourd’hui, je sème ma mémoire..." présentée en 2009 par la Galerie Dialogos, 1, Place Thorigny, 75003 Paris.

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